IA & Fonction Finance : la stratégie Make or Buy
Comment les directions financières doivent-elles se positionner face à l’essor de l’IA agentique ?
L’IA agentique transforme la fonction Finance à vitesse accélérée. En 2025, 44 % des DAF déclarent utiliser l’IA générative pour plus de 5 cas d’usage (McKinsey). La question n’est plus « faut-il adopter l’IA ? » mais « comment l’acquérir ou la construire ? ».
Sur ce terrain, une ligne de fracture fondamentale s’impose entre ERP et solutions SaaS standard. Les ERP (SAP, Oracle) ne seront pas remplacés par l’IA. Leur nature déterministe (précision à 100 %, gestion d’état complexe, zéro tolérance à l’erreur) les protège. Les entreprises construisent des couches d’orchestration IA par-dessus ces systèmes de référence, elles ne les supplantent pas.
En revanche, les solutions SaaS standard sont frontalement exposées. Les outils dont la valeur repose sur l’automatisation de tâches répétitives standard (cash application, rapprochement bancaire, traitement de factures) sont directement concurrencés par des agents IA natifs. L’onde de choc est déjà visible : les multiples de valorisation des éditeurs SaaS ont chuté de 9x à 6x en moins d’un an.
Face à cette réalité, chaque direction financière doit arbitrer entre deux options selon son profil et la nature de ses cas d’usage : construire (Make) ou acheter (Buy).
La taille de l’entreprise s’avère la variable déterminante de cet arbitrage. Trois profils se distinguent :
- Grand groupe avec Centre d’Excellence IA : le Make est économiquement rationnel sur les cas d’usage différenciants. Un Centre d’Excellence IA mutualise les investissements et assure la réutilisabilité des agents entre fonctions (Finance, Achats, RH).
- ETI en transition : Buy d’abord sur les cas standards, Build progressif une fois les fondations data posées. Privilégier les SaaS avec roadmap IA solide et APIs ouvertes.
- PME : Buy uniquement à court terme. S’appuyer sur les agents pré-construits des éditeurs et des hyperscalers (Azure, Google Cloud). Exiger des architectures modulaires pour éviter le lock-in.
À ces deux options classiques s’ajoute une troisième voie, souvent sous-estimée : le Keep & Augment. Il s’agit de conserver une solution SaaS mature dotée d’une roadmap IA embarquée, et de la compléter par des agents externes sur les cas d’usage complémentaires.
En définitive, la stratégie gagnante ne repose pas sur un choix binaire. Les ERP restent intouchables, les SaaS standard sont à challenger. Le Make n’est rentable qu’avec un Centre d’Excellence IA structuré. En revanche, la combinaison Buy + Augment apparaît aujourd’hui comme la voie la plus accessible pour la majorité des directions financières, à condition de choisir les bons partenaires et de préserver la modularité architecturale.
L’IA agentique n’exige pas la perfection avant le départ. Elle se construit par l’expérimentation. Les directions financières qui engagent dès maintenant un premier périmètre ciblé conservent toute latitude pour ajuster leur trajectoire. Celles qui attendent un cadre parfait risquent, elles, de subir les choix de leurs concurrents.

La transformation de la fonction Finance par l’IA agentique n’est plus un sujet prospectif : c’est une réalité qui redessine dès maintenant les équilibres entre ERP, SaaS et solutions construites sur mesure. Et les directions financières qui tardent à se positionner risquent de subir les choix de leurs concurrents plutôt que d’imposer les leurs.
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