[REPLAY] Digitalisation des achats et gestion de la donnée : ce que révèle l’Observatoire Sirius

L’Observatoire Sirius : pourquoi il existe ?

Le marché des systèmes d’information achats (SIA) est devenu une véritable jungle. En 2022, on recense plus de 900 à 1 000 solutions disponibles sur le marché — et de nouveaux acteurs émergent chaque semaine. Face à cette profusion d’offres, les directions achats peinent à s’y retrouver, à comparer les solutions et à aligner leur choix avec leurs besoins réels.

C’est ce constat, posé dès 2019, qui a conduit Audencia, Axys Consultant et Sirena à créer l’Observatoire Sirius – un dispositif de veille et d’analyse du marché des SIA, hébergé au sein du centre de recherche en achat, innovation et digital d’Audencia.

Chaque année, une dizaine d’éditeurs sont analysés en profondeur : leur couverture fonctionnelle, leur positionnement, leur valeur ajoutée concrète pour les acheteurs. L’objectif n’est pas de reproduire ce que font les grands baromètres de type Gartner Magic Quadrant, mais d’offrir une lecture plus nuancée, plus proche des besoins métiers des directions achats.


Trois axes d’analyse pour évaluer les solutions SIA

La méthodologie de Sirius repose sur trois axes complémentaires, définis par Maxime Prévot, consultant Axys :

1. La couverture fonctionnelle

Que fait réellement la solution ? Au-delà du déclaratif marketing, Sirius s’appuie sur des RFI (appels à information) et des interviews approfondis pour comprendre ce que couvre concrètement chaque outil.

2. La stratégie technologique

La solution est-elle tournée vers l’innovation ? Intègre-t-elle l’automatisation, l’analyse prédictive, l’analyse prescriptive, l’intelligence artificielle ? L’enjeu est de mesurer la capacité de l’outil à accompagner les évolutions futures de la fonction achat, pas seulement ses besoins actuels.

3. La facilité d’usage et d’intégration

C’est souvent là que le bât blesse. Une solution peut être fonctionnellement riche et technologiquement avancée — si l’expérience utilisateur est laborieuse ou si l’intégration dans l’écosystème existant est complexe, le projet sera décevant. Sirius évalue donc à la fois l’ergonomie et la capacité de la solution à s’intégrer ou se connecter aux autres systèmes de l’entreprise.


Donnée achat : cruciale, critique… et complexe

L’un des fils rouges du webinaire est la place centrale de la donnée dans la fonction achat. Anthony Ange, Directeur des Achats de Rob Snack et Vice-Président CNA Bretagne, la résume en trois mots : « La data est cruciale, critique et complexe. »

Cruciale : on ne peut plus prendre de décisions achats sans données fiables. Dans un contexte de volatilité des marchés et d’incertitude croissante, l’acheteur aveugle est un acheteur exposé.

Critique : la donnée est un déclencheur de décision. Elle doit être disponible rapidement, dans un format exploitable, pour permettre des arbitrages rapides.

Complexe : les sources se multiplient – données internes (dépenses, commandes, historique de facturation), données externes structurées (indices de prix, notations fournisseurs, données RSE), et données ouvertes collectées sur le web. Croiser ces sources, les nettoyer, les agréger et les restituer de manière utile représente un défi technique et organisationnel majeur.

François Constant, professeur associé à Audencia, distingue ainsi deux grandes familles de données : les données internes, générées par l’activité achats et hébergées dans les SIA ; et les données externes, qui vont des cotations fournisseurs aux évaluations RSE, en passant par les données ouvertes collectées en temps réel sur le web.


Intégration ou connexion : une distinction qui change tout

Patrick Chabanne soulève un point souvent mal compris dans les projets de digitalisation achats : la différence entre intégration et connexion.

  • Une intégration implique un projet informatique – des interfaces à développer, des coûts de mise en œuvre et de maintenance, une coordination avec la DSI.
  • Une connexion est un service déjà prévu dans la solution : la donnée externe est nativement disponible dans l’outil, sans développement spécifique.

Cette distinction est particulièrement structurante dans le choix d’un SIA : une solution qui propose une connexion native avec des sources comme EcoVadis, Altarès ou Dun & Bradstreet fait économiser un temps et un budget projet considérables.


Maturité de la donnée et maturité de la fonction : deux enjeux liés

Une question traverse l’ensemble du webinaire : faut-il être mature sur la gestion de la donnée avant de digitaliser ? La réponse, nuancée, est oui – mais pas nécessairement de manière uniforme.

Comme le souligne Anthony Ange, il n’existe pas d’organisation achat mature qui n’ait pas fait de la donnée un pilier de sa feuille de route. Mais la maturité peut être progressive et ciblée : on peut commencer à digitaliser là où la fonction est la plus avancée, sans attendre une transformation globale.

Ce qui est en revanche indispensable, selon Louis de la Messe (Directeur des Achats du Cèdre), c’est de s’approprier la donnée – pas seulement en consommer le résultat. Un acheteur entièrement dépendant de son outil, sans comprendre la logique des données qu’il utilise, prend un risque réel dans ses prises de décision.


RSE et data achat : quatre scénarios de maturité

François Constant propose une modélisation en quatre scénarios pour la gestion des données RSE, particulièrement illustrative de l’enjeu global :

  1. Collecte directe auprès des fournisseurs – simple mais peu fiable, exposée aux biais déclaratifs et aux différences culturelles d’interprétation.
  2. Délégation à un organisme de notation (type EcoVadis) — plus structuré, mais toujours basé sur du déclaratif fournisseur.
  3. SIA connecté aux organismes de notation – le système analyse les données RSE, envoie des alertes en cas de déviations, augmente la visibilité sur la chaîne de valeur.
  4. SIA connecté + collecte de données ouvertes – niveau de maturité maximal : le système ratisse le web pour détecter des signaux faibles sur les pratiques des fournisseurs distants (rang 3, 4 ou 5).

L’enjeu du scope 3 – mesurer l’impact carbone jusqu’au fournisseur de matières premières – pousse les directions achats vers les scénarios 3 et 4, mais la maturité des outils disponibles sur ce volet reste encore limitée.


Ce que Sirius apporte concrètement aux directeurs achats

Pour Anthony Ange, Sirius est avant tout un outil d’aide à la décision dans un marché saturé d’offres : « Sirius fait gagner du temps. Il collecte l’information, classe les offres, identifie les acteurs et permet de prendre du recul par rapport aux promesses des éditeurs. »

La carte d’identité proposée pour chaque solution analysée permet à chaque direction achats de confronter rapidement les capacités d’un outil à ses propres besoins – et non l’inverse. C’est là une différence fondamentale avec les approches traditionnelles de type Magic Quadrant.

Le livre blanc 2022 de l’Observatoire Sirius est disponible et synthétise l’ensemble de ces analyses.


Axys : votre partenaire pour la transformation digitale des achats

Axys Consultants accompagne les directions achats dans leur stratégie de digitalisation : audit de maturité, sélection de solutions SIA, déploiement et maintien en conditions opérationnelles. Avec une équipe d’une cinquantaine de consultants expérimentés, Axys couvre l’ensemble du spectre — de la stratégie achats à la gestion de la donnée.