CSRD 2028 vague 2 : la donnée est chez vos fournisseurs.
13 % des indicateurs ESRS doivent passer par les Achats. Ces informations ne se trouvent pas dans les systèmes internes de votre entreprise. Elles sont chez vos fournisseurs, et les acheteurs sont les premiers interlocuteurs.
Comment éviter de saturer vos fournisseurs de questionnaires grâce au standard VS ?
Par où commencer pour anticiper ?
Découvrez nos recommandations concrètes dans cet article .
CSRD vague 2 : Êtes-vous prêt pour 2028 ?
Et si votre reporting de durabilité dépendait déjà de vos fournisseurs
1. La CSRD et son nouveau calendrier
Avec l’adoption de la directive « Stop the Clock », les entreprises de la vague 2 disposent d’un délai supplémentaire : la publication de leur premier rapport CSRD, initialement prévue en 2026, est désormais reportée à 2028
Par ailleurs, la directive Omnibus a modifié les seuils :
- Seules les entreprises de plus de 1 000 salariés dont le CA net dépasse 450 millions d’euros sont directement soumises
- Le périmètre obligatoire passe d’environ 50 000 à environ 7 000 à 8 000 entreprises dans l’UE.
- Pour ces dernières, le rapport portant sur les données 2027 devra être publié en 2028.
Au cœur de cette démarche, la double matérialité reste le point de départ. Celle-ci a également été revue et simplifiée pour être plus pragmatique avec une approche Top-Down. Elle permet d’identifier les principaux enjeux de durabilité servant de socle au rapport en analysant chaque thématique ESRS sous deux angles :
- La matérialité d’impact : l’impact de l’entreprise sur la thématique
- La matérialité financière : l’impact de la thématique sur le modèle économique de l’entreprise (risques et opportunités
Pour construire votre matrice de double matérialité vous pouvez vous appuyer sur des sources déjà existantes comme la cartographie des risques, le devoir de vigilance etc… Côté achats, une cartographie des vos familles d’achats (matières, sous-traitance, transport…) est un bon point d’entrée pour repérer où se concentrent les impacts et les risques.
Dans cette logique de simplification, les ESRS révisés introduisent également le principe d’«undue cost or effort» (coût ou effort disproportionné) : une entreprise de ne pas communiquer certaines informations lorsque sa collecte ou sa production nécessite des ressources jugées disproportionnées au regard des bénéfices attendus.
2. Les actions : de la double matérialité aux fournisseurs
À l’issue de l’analyse de double matérialité, les enjeux sont évalués et hiérarchisés. Les ESRS Set 2 reprennent les principes des ESRS Set 1 dans une version simplifiée. Le reporting est donc allégé tout en préservant les objectifs de la CSRD : seuls les enjeux matériels devront faire l’objet d’un reporting détaillé.
Les ESRS définissent avec précision quelles informations et quels indicateurs chiffrés les entreprises doivent mesurer et divulguer.
Les ESRS ont été révisés en profondeur :
- 61 % d’indicateurs obligatoires (le volume passe d’environ 1 100 à environ 400 points de données),
- 82 % d’indicateurs qualitatifs au profit d’indicateurs quantitatifs
- La partie volontaire des ESRS a été retirée : seuls les indicateurs obligatoires subsistent, et l’audit se concentre sur les éléments matériels.
13 % des indicateurs ESRS doivent passer par les achats. Ces informations ne se trouvent pas dans les systèmes internes de votre entreprise. Elles sont chez vos fournisseurs, et les acheteurs sont les premiers interlocuteurs :

ESRS S2 (travailleurs de la chaîne de valeur) – Droits humains : code de conduite, travail forcé, travail des enfants.

ESRS G1 (conduite des affaires) – Éthique et paiements : la gestion des relations fournisseurs, la prise en compte de la performance durable dans leur sélection et les délais de paiement. Elle traite aussi de la prévention de la corruption.

ESRS E5 (économie circulaire) – Matières et emballages : poids des matières achetées, éco-conception et recyclabilité des emballages

ESRS E2 (pollution) – Substances : déclarations REACH/SVHC sur les composants.

ESRS 2 (informations générales) : couverture de la chaîne de valeur amont dans le périmètre de reporting

ESRS E1 – Climat : émissions du Scope 3, qui pèsent l’essentiel de notre empreinte carbone.
Concrètement pour répondre à ces ESRS, le fournisseur devient la source première d’information : c’est lui qui détient et doit fournir les données réelles (empreinte carbone de ses fournitures, traçabilité des matières, pratiques sociales ou conformité éthique). Sans ses réponses et ses documents justificatifs, impossible de bâtir un reporting conforme.
ESRS S2, travailleurs de la chaîne de valeur : 100 % des indicateurs
Pourquoi : cette norme porte entièrement sur les personnes qui travaillent chez nos fournisseurs et sous-traitants.
Détail des indicateurs
- Code de conduite fournisseurs (S2-1_11),
- Politiques contre le travail forcé et le travail des enfants (S2-1_10),
- Canaux de réclamation (S2-2_14),
- Incidents droits humains (S2-3_18).
ESRS G1, conduite des affaires : 50 % des indicateurs
Pourquoi : la moitié des indicateurs porte sur les pratiques avec vos fournisseurs.
Détail des indicateurs
- Approche des relations fournisseurs et critères ESG de sélection (G1-2_8a, 8ai),
- Formation ESG des acheteurs et dialogue fournisseurs (G1-2_8aii, 8aiii),
- Délais de paiement (G1-6_17a à c),
- Risques de corruption sur les fonctions Achats (G1-1_6c).
ESRS E5, économie circulaire : 43,8 % des indicateurs
Pourquoi : les matières et emballages que votre entreprise utilise viennent de vos Achats.
Détail des indicateurs
- Poids et nature des matières achetées, part de ressources secondaires (E5-4_13a à d),
- Eco-conception et recyclabilité des emballages (E5-1_9, E5-5_15c).
ESRS E2, pollution : 17,6 % des indicateurs
Pourquoi : les substances préoccupantes entrent chez vous par les composants et articles achetés.
Détail de l’indicateur
Substances extrêmement préoccupantes (SVHC) supérieures à 0,1 % dans les articles acquis (E2-5_19a)
ESRS E1, climat : 15 % des indicateurs
Pourquoi : l’essentiel de vos émissions est en Scope 3, donc dans la chaîne de valeur.
Détail des indicateurs
- Emissions Scope 3 (E1-8_29),
- Objectifs de réduction Scope 3 (E1-6_23a3),
- Leviers de décarbonation (E1-5_21a).
3. Le VS (Voluntary Standard) et la Value Chain Cap : vers un référentiel commun à toute la chaîne de valeur
Pour nourrir leur reporting, les grands groupes sollicitent toute leur chaîne de valeur, au risque de saturer leurs fournisseurs de questionnaires complexes et chronophages.
Pour répondre à ce défi, l’Europe a instauré le VS (Voluntary Standard, anciennement VSME) combiné au mécanisme du Value Chain Cap :
- Un langage commun : le standard VS propose une grille d’indicateurs ESG simplifiée et universelle, adaptée aux entreprises non soumises à la CSRD (des TPE/PME jusqu’aux ETI non cotées).
- Un plafond légal (Value Chain Cap) : Un verrou qui interdit aux grands donneurs d’ordre d’exiger de leurs fournisseurs plus d’informations que ce que prévoit le standard VS.
Un rôle clé pour les acheteurs : plutôt que de concevoir des questionnaires sur mesure qui épuisent leurs fournisseurs, les acheteurs s’appuient sur ce cadre de référence pour obtenir des données fiables, comparables et auditables.
En pratique, le VS fait office de véritable bouclier : le fournisseur ne remplit qu’un seul et même document standardisé pour répondre à l’ensemble de ses clients, plutôt que de traiter des questionnaires tous différents.
Bibliothèque des 2 modules composant le VS :

- Module de base (11 indicateurs) -> une approche ciblée pour les micro-entreprises et qui constitue le minimum requis pour les PME.
- Module Complet (9 indicateurs) -> le module de base est un prérequis avant de répondre au module complet. Il propose une approche plus détaillée pour les PME souhaitant un reporting plus approfondi.
La collecte d’informations pour nourrir le rapport CSRD doit être ANTICIPE !
Par où commencer : nos recommandations
- Cadrer les demandes dans les limites strictes du VS : alignez-vous uniquement sur les indicateurs du standard VS pour vos fournisseurs non soumis à la CSRD. Respecter ce plafond légal évite d’épuiser vos fournisseurs tout en sécurisant votre collecte.
Premier pas : identifier, dans votre panel, les fournisseurs soumis à la CSRD et ceux qui ne le sont pas.
- Intégrer l’ESG à chaque étape du cycle achats en commençant par le sourcing : les indicateurs VS peuvent être utilisés bien avant le cadre du reporting CSRD. En effet, intégrer ces critères dès la qualification et les appels d’offres permet aux acheteurs de mieux sécuriser leurs choix et d’anticiper les risques. Cette continuité méthodologique unifie toute la démarche : les données collectées au sourcing deviennent les engagements du contrat, les indicateurs de suivi au quotidien et, automatiquement, les preuves auditables exigées par la CSRD.
Premier pas : intégrer quelques indicateurs VS dans vos grilles de qualification et vos cahiers des charges.
- Préparer vos futurs audits de durabilité (ISSA 5000) : Il est important de collecter des données traçables avec une méthodologie fiable afin de préparer dans les meilleurs conditions les futurs audits ISSA 5000.
Premier pas : conserver pour chaque donnée sa source, sa date et son interlocuteur chez le fournisseur.
- Co-construire un plan de progression adapté à la maturité : Tous les fournisseurs n’ont pas la même maturité. L’acheteur peut s’appuyer sur le VS tout en adaptant son approche : poser des questions simples et ciblées aux plus petits acteurs (Module de base) et approfondir avec les partenaires plus avancés (module complet). Cette flexibilité permet d’éviter de bloquer les fournisseurs, de valoriser les données déjà disponibles et de définir avec chacun un plan d’action réaliste, étape par étape, pour monter ensemble en compétence et en conformité.
Premier pas : segmenter vos fournisseurs par niveau de maturité et par criticité.
La CSRD crée ainsi un cercle vertueux : en tant qu’acheteurs, vous êtes au cœur de cette boucle. C’est la collecte d’informations auprès de vos fournisseurs qui permet à la fois de les faire progresser et de nourrir directement le reporting CSRD de votre entreprise. Un processus qui exige d’anticiper dès à présent pour être prêts le moment venu.

Chez Axys, nous sommes convaincus que tous les Achats doivent être responsables, on vous aide à y voir plus clair : Achats responsables
Maureen POULLIÉ, Consultante Junior – BU Achats